Notre charte

Les défis immenses de la société de demain peuvent nous inquiéter, nous passionner, nous décourager, mais, surtout, ils nous obligent. Quels fondements poser pour qu’un projet de société novateur puisse restaurer la confiance et le courage face :

◦   au « burn out » de la société qui considère avec suspicion la classe politique, mettant en doute sa vocation de premiers serviteurs du bien de tous et sa capacité à maîtriser les crises,

◦   aux peurs d’une mondialisation économique non-maîtrisée, accélératrice des crises, vectrice de communautarismes et de fondamentalismes,

◦   à la montée des inégalités qui en découle et à la prévalence d’une mentalité égoïste, qui s’exprime entre autres par un capitalisme financier sans régulation,

◦   à la dégradation de l’environnement,

◦   enfin à la nouvelle idéologie libertaire qui fait du marché et du libre choix individuel le facteur principal de régulation, sapant la solidarité et les règles communes de vivre ensemble ?

Ce projet de société ne sera crédible que par sa capacité à fonder un nouvel équilibre économique, social et politique durable, visant la paix et le bonheur de l’homme, aussi éloigné du conservatisme ronchon que de l’utopie inefficace. Susciter la confiance suppose le respect du réel et la vérité des engagements. Les discours ne sont plus crus, car masquant la réalité et s’accommodant du mensonge, ils jouent sur les peurs à droite et sur les humiliations à gauche.

L’anthropologie élaborée en deux millénaires par la fécondation mutuelle de la philosophie grecque, du génie juridique romain et de la religion chrétienne, a posé comme fondement la dignité de la personne humaine : être de relation, aux droits inhérents à sa nature,  qui n’est ni un point dans une masse, ni un individu autocentré et indéterminé. La vie, premier des dons qu’elle reçoit est inaliénable, à cause de cette dignité.

L’histoire récente du monde montre que les grandes idéologies ont compromis le destin de nombreux peuples en violant la dignité de la personne humaine et en s’attaquant aux deux principes fondamentaux de la liberté et de la responsabilité. Liberté d’aller et venir, liberté de conscience, liberté d’expression, d’initiative et d’entreprise…

Placer la liberté des personnes, des familles et des collectivités au cœur du système social suppose le sens de leur responsabilité et de la justice. La faute existe et n’est pas uniquement le résultat de conditionnements et d’oppressions. Il nous faut poser un fondement réaliste des règles justes de l’organisation sociale, loin des illusions iréniques d’innocence générale. Poursuivre le bien commun de la société nécessite de chercher un équilibre des droits et des devoirs, afin de fonder le vivre ensemble en évitant les communautarismes porteurs de conflits. La société ne peut pour autant se réduire à un mécanisme contractuel faisant l’économie de l’exercice des vertus privées. Toute proposition miracle qui affranchit de la participation réelle de tous les acteurs est une chimère.

Ces principes ont de multiples déclinaisons. Dans tous les domaines, il faut associer liberté et responsabilité, vérité et justice, pour bâtir solidement les fondations d’une organisation efficace et durable respectant la dignité de l’homme :

◦   La solidarité et le souci des plus fragiles, de la pauvreté matérielle à la vulnérabilité de la personne handicapée, du vieillard en fin de vie ou de l’enfant à naître nécessite le respect de leur dignité, par la prise de responsabilité des acteurs de la société à travers des rapports d’entraide et d’échange des dons, plus que par des principes désincarnés de solidarité et de fraternité, traduits par des services administratifs désincarnés.

◦   La famille même blessée, apparaît au sein des crises comme le dernier rempart des plus faibles et souvent le seul lieu de socialisation. La famille est la première éducatrice, nécessaire, au-delà de la transmission de la vie, pour l’éducation à la liberté et la responsabilité de l’enfant. Ancrée dans le donné de la complémentarité féconde de l’homme et de la femme, elle a bâti un cadre culturel pérenne sur lequel les autres institutions ne prévalent pas. L’isolement individualiste se fait aux dépens des faibles, livrés aux forces marchandes qui vendent les services dont la gratuité a pourtant fondé nos sociétés.

◦   Développer une culture de la création nécessite de libérer l’éducation en donnant plus de liberté aux acteurs de l’enseignement, à commencer par les familles. Loin des expériences hasardeuses dictées par l’idéologie du refus de l’autorité et de la honte de notre héritage, il existe aujourd’hui d’innombrables initiatives articulant une transmission solide et un épanouissement de l’enfant. Dans ce cadre, il est indispensable de développer une culture du beau. L’art participe à élever l’homme en l’interrogeant sur sa perception du monde et en l’éduquant au beau. Il est le vecteur d’une paix intérieure qui rassemble au-delà des différences et le moyen de se réapproprier l’histoire et la culture de sa civilisation. L’école et le monde associatif doivent sensibiliser et éduquer à l’art les jeunes générations ; les musées, les salles de concert etc. doivent de nouveau attirer la jeunesse.

◦   Les corps intermédiaires comme les entreprises nécessitent la liberté de l’initiative et une délégation contrôlée des pouvoirs, un encouragement culturel et fiscal à la prise de risque et un financement patient. On doit imaginer un modèle social de solidarité abandonnant la haine de l’entreprise, du travail et de l’épargne qui entraîne dans le découragement par une spirale de baisse de l’activité, de l’investissement et de l’emploi. Il faut également donner une place plus juste au monde associatif, aux syndicats et à la société civile en général en réévaluant leur rôle complémentaire du politique.

◦   Les nations ne sont pas des objets indéterminés. Leur pluralité et leur action commune ont une fécondité que tout aplanissement tuerait. La France est une matrice qui commence avec le local, lieu par excellence du politique au quotidien. Fruit d’un héritage et d’un enracinement où se sont épanouis une langue et une culture ouverts à l’universalité, elle est le lieu naturel de notre agir commun.

◦   Les efforts de redressement nationaux nécessitent en parallèle une régulation mondiale plus efficace (flux, monnaies, migrations, respect de la dignité de l’homme) par une évolution des autorités mondiales responsables et respectueuses de la subsidiarité ; dans laquelle une Europe puissante et rénovée pourra influer concrètement.

◦   La sauvegarde de l’environnement doit enfin être une boussole, en éliminant les gaspillages, en protégeant les ressources limitées et en développant de nouvelles approches de développement soutenable.