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Voilà qu’approche la fête du Quatorze Juillet, avec ses rites devenus immuables : le défilé militaire, les feux d’artifice, les bals des pompiers et les retraites aux flambeaux. Il est heureux qu’il en soit ainsi, que notre cohésion républicaine soit célébrée par des cérémonies et des fêtes qui signifient et perpétuent l’attachement des générations à l’unité de la Nation.

 

Une unité toutefois bien paradoxale, puisque le Quatorze Juillet est sans nul doute une des dates qui a été les plus conflictuelles dans la mémoire de notre pays pour fêter celui-ci. La tension entre les deux événements fondateurs est bien connue : la Prise de la Bastille de 1789, sacrifice violent de nombreuses vies humaines à la libération symbolique d’une poignée de prisonniers d’un côté, et, de l’autre, la Fête de la Fédération de 1790, célébration civique et religieuse d’une éphémère communion nationale autour des gardes nationales fédérées et du roi, sous les auspices de la Nation et de la Loi. Lorsque la IIIe République a voulu rendre au Quatorze Juillet les honneurs de la nation, elle a évidemment mis en avant le Quatorze Juillet 1790 tandis que les mémoires des républicains comme des royalistes restaient profondément imprégnées de l’insurrection de l’année précédente. Néanmoins, au fil des années et en particulier après la Grande Guerre où tant de petits-fils de Vendéens ou de Girondins, de petits-neveux de réfractaires ou de rejetons de grandes lignées brisées par la Révolution, moururent aux cotés des républicains de souche pour le drapeau aux trois couleurs, le Quatorze Juillet est devenu un symbole de réelle unité.

 

De quelle unité s’agit-il ? Le serment originel de la Fête de la Fédération plaçait à la racine de celle-ci la conquête de la liberté individuelle, qui consentait à joindre sa destinée à celle de millions d’autres citoyens dans un grand dessein national. Telle a été la grandeur de la Révolution de 1789 : conquérir, par la sortie d’une société fermée d’ordres sclérosés et corsettants, l’affirmation de la liberté inaliénable de la personne prise comme individualité.

 

Où en sommes-nous, aujourd’hui, de cette affirmation de l’individu ? Pris dans le maelstrom d’une mondialisation dont les dérives en ont fait une poussière – pas encore un grain de sable –  face à la si puissante machine du marché et des médias globaux, alors que les cadres familial, local et national n’ont pas su ou pu être le havre de stabilité et de protection que l’on espérait, l’individu est dans un dénuement total. Cette extrême fragilité est décuplée pour peu que l’on ne possède pas quelques rudiments d’anglais et que l’on ne dispose pas des omnipotents et incontournables « réseaux », au moins sociaux si possible. Tel est le cas d’une part considérable de nos concitoyens et tel est le cas de la majorité des habitants de la planète, dont les destins individuels ne rencontrent la globalisation que dans la fragilisation des cadres et des protections immémoriaux.

 

D’un autre côté, on n’a jamais tant exalté l’individu. Un individu que l’on veut à tout prix émancipé. Émancipé d’abord des pesanteurs ou des handicaps de son milieu, émancipé des violences de la puissance publique ou économique puis, dans un mouvement sournois, émancipé de son héritage culturel, éthique et spirituel, émancipé du cadre de la famille, tant de celle qui l’a élevé que de celle qu’il peut construire, émancipé de son appartenance à un sexe donné, émancipé de la sacralité qui entoure le respect de la vie humaine… Les émancipations ne manquent pas et l’infernale machine, une fois mise en route, génère sans cesse de nouvelles proies.

 

Sans doute y a-t-il là quelque fruit périmé de l’intuition du serment de nos aïeux, mais quelle douleur auraient-ils à voir l’illusion prométhéenne avec laquelle la personne humaine, dépossédée de sa dignité et de ses cadres structurants, est aveuglée et divertie. Mais l’heure n’est pas à l’élégie. Les Français, lorsque la liberté des personnes souffrait de cadres étouffants, ont su proclamer l’individu. Les Français, devant la désagrégation des libertés dans l’effacement des cadres communautaires et citoyens, devant le délire idéologique ultra-individualiste qui en est le complice et le cache-sexe, sauront proclamer la personne, inviolable dans son humanité sexuée, enracinée dans une histoire individuelle et collective mais d’une souveraine et noble liberté, appelée au bonheur dans la responsabilité, et la Cité, condition et réceptacle de son épanouissement.

 

Il est de notre impérieux devoir de faire un nouveau Quatorze Juillet, une nouvelle Fédération sur ces principes. C’est une urgence pour que vive la France dans sa mission première, celle du service de l’humanité.

 

En avant, ça ira !

 

Louis Manaranche

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